OCEANE LE PROVOST: Bonjour. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Nous dire ce que vous faites et votre travail au quotidien.

MONSIEUR MARC COLOMBANI: Bonjour. Je m’appelle Marc Colombani. Je suis responsable de l’accompagnement et des partenaires au sein de la pépinière Cannes Bastide Rouge pour la communauté d’agglomération de Cannes-Pays de Lerins.

OLP: Est-ce que vous pouvez nous expliquer exactement ce qu’est la Bastide Rouge?

MC: Alors, Bastide Rouge, c’est plusieurs sites. C’est d’abord un lieu d’accueil, d’hébergement pour entreprises, pour start-up innovantes avec un fort potentiel de développement technique et aussi en termes d’emplois sur le territoire de l’agglomération de Cannes-Pays de Lerins. C’est d’abord un lieu d’hébergement et ensuite de l’accompagnement que je peux faire, mais surtout avec les partenaires liés à l’agglomération avec qui on a des conventions et qui vont intervenir à la fois sur la partie financement et sur la partie conseil et développement de l’activité.

Photo de la façade du batiment de La Bastide Rouge, Cannes
Source: Cannes Pays de Lérins

OLP: Quel est votre rôle à vous aussi dans la Bastide Rouge ?

MC: Je fais le lien. Je suis là pour animer la vie des hébergés, les accompagner, répondre à leurs besoins au quotidien. Les hébergés, ce sont les entreprises qui ont été sélectionnées, qui ont passé avec succès le comité de sélection avec un élu de l’agglomération Cannes-Pays de Lérins. Je suis également là pour faire une sorte de guichet unique, pour tous les entrepreneurs, les futurs créateurs d’entreprises du bassin, du territoire de l’agglomération. Je vais les recevoir, les renseigner, les orienter vers d’autres partenaires éventuellement en fonction des besoins. Ces partenaires, je travaille avec eux, soit pour des porteurs de projets, soit pour les entreprises qui sont hébergées. Et on essaye d’animer, de faire des événements, des ateliers régulièrement sur le site.

OLP: Quel type d’entreprise on trouve exactement ?

MC: On va trouver, comme je vous l’ai dit, des startups. Des entreprises récentes, avec un fort potentiel de développement, avec un intérêt sur la partie technologique. Sur l’agglomération Cannes-Pays de Lerins, Bastide Rouge, on a identifié six filières d’excellence. L’hébergement que nous proposons est très intéréssant. Si vous connaissez Bastide Rouge, la pépinière, le campus et l’hôtel d’entreprise, ce sont des beaux bâtiments. Mais surtout, le prix proposé pour la location, le loyer, est inférieur au prix du marché. La volonté de l’agglomération de son président, c’était d’aider les entrepreneurs à s’installer sur le territoire. On est 20-30% moins cher que des bureaux dans l’espace privé.

OLP: Ça existe depuis combien de temps ?

MC: 10 ans. On a fêté l’an dernier les 10 ans de Bastide Rouge. Auparavant, Il n’y avait que le mas provençal rouge, d’où son nom. Et depuis 2021-2022 dans le campus Georges Méliès, dans lequel on retrouve l’université également. Nous avons des bureaux, des salles de réunion, et ça fait partie de l’ensemble de notre offre.

OLP: Vous avez dit que c’était un lieu de lancement. Combien de temps les entreprises restent-elles en moyenne ? Après, elles font quoi ?

MC: Pour commencer, il y a Six filières d’excellence, la première et certainement la plus importante, c’est la filière ICC, Industrie culturelle et créative. ( But du campus Georges Méliès au sein de Cannes ville de cinéma, et des plus grands festivals mondiaux.) L’idée, c’était de pouvoir pérenniser l’activité économique en lien avec notamment le cinéma et l’audiovisuel. Ensuite, on va retrouver la filière spatiale et notamment, historiquement, on a une grande entreprise, Thalès, qui est sur le territoire. On va également avoir la filière nautisme. Là aussi, on a la chance d’être au bord de mer avec différents ports. L’idée, c’était de fédérer un petit peu et d’aider les entreprises innovantes dans ce domaine-là. On va retrouver également tout ce qui est lié à l’événementiel. Cannes, première ville de congrès avec une forte activité de tourisme professionnel,

Photo couloir deuxième étage Campus George Méliès, Bastide Rouge
Cadres représentant le pôle ICC

OLP: Que font les entreprises ?

MC: On est relativement récent. C’est vrai que les entreprises qui sont arrivées lorsque le campus Georges Méliès s’est ouvert, sont encore ici aujourd’hui. L’idée, c’est que les entreprises en début de vie puissent trouver un accueil dans une pépinière dans des conditions intéressantes. Et lorsque l’entreprise va se développer, elle va être à même de pouvoir trouver des locaux dans le privé, de pouvoir les payer. On a des entreprises qui se développent. Malheureusement, on n’a pas une taille qui permet de s’agrandir en fonction des besoins de l’entreprise. De plus, la vie des entreprises n’est pas uniquement des succès et du développement. On a aussi des personnes qui ont essayé, et c’est déjà une réussite d’essayer. Mais malheureusement, l’activité économique ne suit plus, il y a besoin soit de réduire la voilure et rendre les locaux, soit carrément arrêter l’activité.

OLP: Vous avez parlé d’un comité pour rentrer dans la pépinière. Comment on rentre ?

MC: On me contacte. Généralement, les gens se renseignent, soit via le site internet, soit lors de réunions, d’animation. Beaucoup de réseaux et de relationnels. On prend contact avec Bastide Rouge sur le site internet. Je les rencontre ces, j’essaie d’identifier quels sont leurs besoins, notamment de locaux et d’hébergement. A ce moment-là, je vais leur remettre un dossier de candidature qui contient plusieurs pages. Ils doivent renseigner pleins de questions, décrire le projet, comprendre pourquoi ils ont envie aussi d’intégrer le site Bastide Rouge. On vérifie s’ils font partie des filières d’excellence.

On essaye de respecter ces critères. On peut avoir des entreprises qui sont innovantes, qui ne sont pas forcément dans les critères précis, mais qui peuvent interagir avec des acteurs de ces secteurs d’activité. On essaye de regarder s’il y a un intérêt pour intégrer Bastide Rouge. Et ensuite, lorsqu’ils ont fourni tous les éléments nécessaires de présentation, tous les documents pour bien comprendre l’activité, ils passent devant un comité de sélection avec l’équipe de direction de Cannes Bastide Rouge, un ou plusieurs élus de l’agglomération de Cannes-Pays de Lerins, des partenaires également présents. Ça peut être l’incubateur, le réseau Entreprendre pour apporter un petit peu d’expertise. Ça dure 15 minutes avec une présentation, avec des questions-réponses. Et derrière, le jury délibère et remet sa réponse ensuite.

Retrouvez ici le lien vers le site de Bastide Rouge: Cannes Bastide Rouge

EDOUARD MASSE: Vous avez parlé d’accompagnement pour les entreprises, mais est-ce qu’il y a des conseillers assignés qui peuvent aider les entreprises à se développer ?

MC: Moi j’essaye de recevoir, cet accompagnement, je le faisais dans ma vie professionnelle antérieure, donc je le fais un tout petit peu/ Mais déjà il s’agit de bien identifier quels sont les besoins. Après, les personnes qui s’occupent vraiment de cet accompagnement sont chez les partenaires. Vous avez par exemple Réseau Entreprendre qui fait à la fois du financement et de l’accompagnement aux chefs d’entreprise.

L’incubateur, avec des ingénieurs qui vont faire cet accompagnement plus technique. Vous avez le réseau BGE dans lequel je travaillais auparavant, où là on est plus sur en amont la partie création d’entreprise, où là vous avez des conseillers en création d’entreprise. Vous avez l’ADI qui fait du financement. Vous avez le réseau Logo BGE

Logo Réseau entreprendre Source: reseau-entreprendre.org

L’incubateur, vous allez avoir des conseillers, c’est des ingénieurs qui vont faire cet accompagnement plus technique.Vous avez le réseau BGE dans lequel je travaillais auparavant, où là on est plus sur en amont la partie création d’entreprise, où là vous avez des conseillers en création d’entreprise. Vous avez l’ADI qui fait du financement. Vous avez le réseau Initiative qui est basé à Grasse mais qui s’occupe aussi du territoire de Cannes. Là aussi vous avez desconseillers qui vont aider à trouver des financements aidés par la région avec des prêts à taux zéro sans coût sur personnel. Donc oui, il y a tout un schéma, tout un tissu où l’accompagnement, il y a plein de solutions qui existent. Souvent la question qui se pose c’est j’ai un projet de création d’entreprise, vers qui je dois m’adresser ? C’est souvent ça les personnes que je rencontre. Et mon rôle c’est de bien expliquer quelles sont toutes les aides possibles et de donner les contacts de ces organismes-là pour que les gens s’y retrouvent.

Logo BGE
Source: Site de BGE

OLP: Ce qui nous intéresse aussi ce sont les étudiants et les étudiants entrepreneurs. Est-ce qu’il y a beaucoup d’entreprises qui ont été créées par des étudiants de la région et qui sont à la pépinière aujourd’hui ?

MC: Oui, pas plus tard qu’hier soir, l’université a fait un after work sur l’entrepreneuriat et notamment la création d’une junior entreprise dans le domaine des ICC. Et où étaient présentes deux entreprises hébergées aujourd’hui au sein du campus qui sont des anciens étudiants de l’université :

Out of Time, qui est une société de création de jeux vidéo. Silk Media Studio, qui est lui un compositeur de musique.

Actuellement j’accompagne, deux projets de création d’entreprise. Ce sont des étudiants qui ne sont pas encore en phase de création mais qui préparent. Et donc mon rôle c’est un petit peu de les aider. Donc pour ça, juste un petit mot, la spécificité du campus Georges Méliès et du site Cannes bastide Rouge, c’est que sur un lieu, un même bâtiment, vous allez avoir l’université et une pépinière d’entreprise. Donc la volonté dès le départ c’était de permettre à des étudiants d’être en contact avec des entrepreneurs, d’avoir des entrepreneurs qui soient en contact avec des étudiants et que de tout ça puisse naître une fertilisation croisée et permettre,de trouver des stages, auprès des entreprises, mais surtout pour essayer de donner envie et d’aider de potentiels étudiants entrepreneurs. Et pour ça, on a le dispositif Pépite. Le campus a été identifié comme un site Pépite, ce qui permet aux étudiants de rencontrer un référent Pépite directement sur place pour les aider dans leurs démarches entrepreunariales. Le dispositif Pépite, ce n’est pas ma partie,

Dispositif pépite, cérémonie de récompense “ Pépites des pépite 2025”
Source: Campus France.org

c’est l’université. Il offre la possibilité aux étudiants, après réussite devant un comité de sélection, d’être accompagnés et aidés par des mentors ( référents Pépite) et pouvoir effectuer leur stage sur leur propre projet de création d’entreprise. Ça évite d’aller en entreprise pour faire le stage, mais de pouvoir rester concentré et d’avancer sur son projet. C’est une réelle chance.Des formations diplômantes d’étudiants entrepreneurs sont aussi possibles.

OLP: Savez-vous pourquoi le campus ici est un site Pépite ? Qu’est-ce qui peut expliquer cet engouement de la part des étudiants à entreprendre ?

MC: Le campus ici c’est un campus ICC : l’offre de formation et les entreprises qui sont hébergées au campus ne sont que des entreprises liées aux ICC. Ensuite, il y a une forte attirance à la création d’entreprise depuis des années sur tout secteur d’activité. En France, on a dépassé le million de créations d’entreprises par an. Mais la création d’entreprise c’est à tout âge et tout profil. En effet, les étudiants aujourd’hui sont très intéressés pour aller vers la création d’entreprise. Et c’est particulièrement vrai dans le domaine des ICC: par exemple, un étudiant en formation jeux vidéo qui a une idée de jeu peut décider de créer sa propre entreprise pour commercialiser sa création. Ça se fait assez facilement. Attention, c’est pas parce que c’est facile qu’il faut le faire. Il faut bien être préparé et notamment passer par Pépite. Là aussi les statistiques sont assez claires. Une entreprise sur deux qui a été créée en France s’arrête au bout de trois ans. Ça ne marche pas. Lorsqu’on est accompagné, c’est 80% de réussite. Donc ces statistiques, plus vous allez préparer votre projet, plus vous allez y réfléchir, plus vous avez de chances d’être en activité au bout de trois ans. Donc il faut se préparer.

OLP: J’aimerais revenir sur votre travail à vous, votre rôle en tant que responsable. Vous avez décrit votre rôle, mais déjà vous aviez parlé d’autres métiers avant. Comment vous en êtes arrivé à aujourd’hui faire ça ?

MC: Si on prend le fil rouge, j’ai toujours aimé entreprendre et j’ai toujours aimé aider les entrepreneurs. Ca part de ma formation, en école de commerce. Puis j’ai créé mon entreprise en 2008. Ça paraît loin, mais pas tant que ça. De 2008 à 2015, j’ai créé ma société où je faisais du conseil en transmission de société et en création d’entreprise. Mon travail, c’était de mettre en relation des acheteurs et des vendeurs d’entreprise. Un chef d’entreprise, souvent qui prenait sa retraite, qu’est-ce que je fais de mon entreprise ? Je veux la vendre, comment je fais ? Je suis tout seul, j’ai besoin d’être aidé pour trouver un acheteur et vendre mon entreprise. Une sorte d’agent immobilier, si vous voulez, mais spécial pour les entreprises, les PME sur le territoire. Et voilà, j’ai fait ça pendant des années. J’étais payé que au succès en cas de vente. 

OLP: Comme les agents immobiliers.

MC: Exactement, donc si au final quelqu’un change d’avis, j’ai travaillé pour rien. Et voilà, ensuite après ça, j’ai voulu un petit peu voir autre chose. Je suis rentré dans le milieu bancaire, donc j’ai fait conseiller professionnel dans une banque, toujours sur le territoire, pendant 4 ans et demi. Et ensuite, j’ai voulu merapprocher de la création d’entreprise, de l’entrepreneuriat. Et donc j’ai orienté mon parcours vers BGE, qui est une association qui fait du conseil en création d’entreprise.

OLP: Qu’est-ce que ça vous a appris d’être aujourd’hui au sein de Bastide Rouge ? Quelle compétencevous pensez que ça vous a apporté au fur et à mesure des années ?

MC: À chaque étape de mon parcours, c’était un point de vue différent, une vision différente de l’entrepreneuriat. Au départ, j’étais à mon compte, donc j’étais vraiment entrepreneur. J’ai eu la chance de rencontrer des chefs d’entreprise qui vendaient leur entreprise à des moments importants, en fin de parcours professionnel. La vente de l’entreprise, c’est une étape très importante, donc c’est très enrichissant. On discute, on apprend comment quelqu’un qui a 60 ans a créé son entreprise, il l’a développée, aujourd’hui il la vend. Les valorisations étaient jusqu’à 1 ou 2 millions d’euros, donc c’était des belles boîtes. Ensuite, j’ai vu le côté financement. 

Je suis entrepreneur, j’ai besoin d’argent, je vais voir le banquier. Le banquier, comment il va aider ou pas l’entrepreneur ? Quelle est sa vision ? Le banquier, lui, ce qu’il regarde, c’est comment on va me rembourser, comment je vais être protégé si demain on ne me rembourse pas. C’est notre vision. BGE, c’était des petits projets, on était au tout début, avant la création. J’aimerais créer, comment je dois faire ? On était sur des petits projets. Là, avec Bastide Rouge, c’est vrai que j’accompagneun petit peu tous les porteurs de projets. Je vais avoir des entreprises, des startups qui ont déjà plusieurs années d’activité. On peut parler de PME, donc on retrouve déjà une activité bien stabilisée. Là, on va essayer de développer le chiffre d’affaires, éventuellement trouver des financements. Mais je vais avoir aussi des startups toutes nouvelles, quelqu’un qui est tout seul, qui a une super idée, qui doit lever des fonds,il ne sait pas comment faire.

Et là, il y a encore beaucoup de choses à expliquer. Je suis une sorte de guichet unique, donc je continue à recevoir des demandes sur des projets de création d’entreprise où on est encore vraiment au tout début du projet et où les personnes sollicitent des fois, par exemple, la mairie, on me réoriente les demandes. Donc là, j’explique un petit peu et je reprends ce que je faisais chez BGE. Mais surtout, là, la différence, c’est que maintenant, je travaille pour l’agglomération Cannes Pays de Lérins. Et donc, c’est la fonction publique, c’est-à-dire comment le public peut aider les entrepreneurs privés. Et c’est vrai que, par exemple, une pépinière d’entreprise, généralement, c’est une décision, une vision, un choix, on va dire, de politique publique. Le financement qui a été, l’investissement qui a été réalisé sur Cannes-Bastille-Rouge, il n’y a que le public qui peut dire, on va mettre autant d’argent sur un campus pour aider demain les entrepreneurs à se lancer.

OLP: C’est une vision de l’économie locale, au final.

MC: Exactement. L’idée, c’est de dire, on va injecter beaucoup d’argent public dans un lieu pour espérer demain développer l’activité économique d’entreprises innovantes. Donc ça, c’est intéressant parce que ce n’est pas la même vision, ce n’est pas les mêmes contraintes, ce n’est pas les mêmes attentes. Donc c’est intéressant aussi de voir ce côté-là de l’entrepreneuriat.

OLP: Est-ce que ça a un impact sur votre vie personnelle, privée, de faire ce travail qui est quand même très prenant ?

MC: Oui, comme tous les travails. Après, on sait dans quoi on se lance. C’est vrai que ce travail-là, il est très intéressant. Parfois, il arrive que ça déborde. Hier soir, comme d’habitude, j’ai fini un peu plus tard. Il y a un événement lié à l’entrepreneuriat sur le territoire, parfois en soirée. Après, il faut trouver un équilibre de vie perso, vie pro

Quand j’étais à mon compte, c’était pire. Là, finalement, c’est un peu moins. C’est vrai que quand j’étais à la banque, généralement, on finit aux heures de bureau. Il faut une certaine flexibilité, mais c’est agréable. Quand on est conseiller professionnel, il y a parfois quelques événements en plus.

OLP: Nous on est en communication. A quel point la communication est importante au sein de Bastide Rouge ?

MC: Il y a une personne chez nous qui est chargée de communication, qui s’appelle Chloé. Donc à temps plein, elle s’occupe de la communication de Bastide Rouge. Elle va animer le site internet, les réseaux sociaux. Au sein de l’agglomération, le développement économique, vous avez aussi une personne qui est chargée de faire une newsletter économique, qui va essayer d’animer, faire des événements. Alors soit avec moi sur les entreprises qui sont au sein de la pépinière, soit sur toutes les entreprises du territoire.

Ça représente quand même beaucoup d’entreprises. On essaye de faire du lien avec les entreprises, pour ça on communique beaucoup. De manière générale, aujourd’hui la communication est indispensable. Notamment sur la partie entrepreneuriat avec les créateurs d’entreprise, je leur explique gentiment que pour tout projet de création d’entreprise, il va falloir communiquer. Soit ils ont les compétences, tant mieux. S’ils n’ont pas les compétences, ils doivent faire appel à quelqu’un. Je leur appelle aujourd’hui un community manager, par exemple, qui va s’occuper pour eux de gérer les réseaux sociaux, gérer leur site internet. Parce que c’est devenu très important.

OLP: Parmi les entreprises au sein de la pépinière, il n’y a pas du tout d’agence de communication ?

MC: Si, on en a. Parce qu’on a sur l’événementiel et aussi sur la communication. Souvent, elles font un petit peu les deux, donc on en a. Des entreprises qui ont développé une activité sur des applications un peu innovantes, mais qui font aussi de la communication, qui gèrent des réseaux sociaux. Et après, l’activité en lien avec la communication est une activité qui peut permettre l’entrepreneuriat. J’ai accompagné déjà des étudiants qui ont fait des parcours et des formations dans la communication, et qui un jour se disent « je n’ai pas envie d’être salarié dans une agence de communication, j’ai envie de créer ma propre agence de communication ». Les réseaux sociaux aujourd’hui, c’est quelque chose qui peut être fait de manière indépendante.

OLP: Est-ce que vous avez vu l’impact du Covid sur les entreprises ?

MC: Au moment du Covid, je n’étais pas encore à Bastide Rouge.Ca a vraiment été une parenthèse déjà inattendue. On peut voir les choses de deux manières: Ceux qui ont vraiment eu une baisse d’activité, qui ont rencontré des difficultés. Il y a eu les prêts garantis d’État qui sont en cours de remboursement pour certains. Ça n’a pas été simple et certains ont laissé leur activité professionnelle. Pour d’autres, ça a été des opportunités.

Moi, à ce moment-là, je faisais des formations création d’entreprise pour PGE avec des personnes chez France Travail. Pour certains, ça a été un déclic. Ils se sont dit, j’ai envie de faire autre chose, j’ai envie de me lancer dans la création d’entreprise. À ce moment-là, notamment, tout ce qui était activités en lien avec le transport, la livraison de colis se sont beaucoup développés. Il y a des gens qui ont pris le train en marche et qui ont dit, c’est une magnifique opportunité, je vais me lancer là-dedans. Mais sur la création d’entreprise et l’entrepreneuriat, les chiffres de la création d’entreprise n’ont pas baissé durant les années Covid. Donc, ça veut dire que les gens avaient encore envie de créer.

OLP: Maintenant… Ça a augmenté ?

MC: Ça se maintient à un million à peu près depuis plusieurs années. On ne voit pas de baisse. Maintenant, la difficulté est qu’il est de plus en plus dur d’avoir une activité pérenne. Et c’est ça le plus dur. Créer, c’est devenu facile. Les démarches d’immatriculation se font en ligne sur un site qui s’appelle Procédure INPI. C’est rapide et gratuit. Le statut de micro-entrepreneur est très simple, très facile à démarrer. Pas besoin d’expert comptable, donc pas de charges fixes. Les gens se disent, je vais m’immatriculer, c’est gratuit, ça ne me coûte rien.

Sauf qu’ensuite, il faut quand même faire du chiffre d’affaires. Donc si on n’a pas préparé son projet, fait une étude de marché, un business plan. C’est après, que ça devient plus compliqué. Et le Covid, les conditions économiques depuis maintenant quelques années, ne sont pas évidentes. C’est une généralité. Après, vous avez des activités avec des niches pour qui, tout fonctionne très bien. Notamment la communication, l’événementiel. Il y a eu des difficultés durant le Covid, mais ensuite, le tourisme professionnel, aujourd’hui, les années 2024 et 2025 sont meilleures que 2019. Donc il y a eu un creux qui est reparti. Donc voilà. Il faut aussi… La première qualité d’un entrepreneur, c’est d’être créatif et de s’adapter à la situation.

Photo couloir deuxième étage
Campus George Méliès, Bastide Rouge Cannes Lérins TV- RADIO

Le Covid, malheureusement, a sélectionné ceux qui étaient capables de faire ça. Les innovations, ça a vraiment facilité la création d’entreprise, sur les 10-15 dernières années au final. Tout ce qui est internet et tout. Oui, après, l’innovation de manière générale, c’est réinventer des fois des anciens usages avec de nouvelles technologies.

EM: Au niveau de Bastide Rouge, ça représente à peu près combien d’entreprises ?

MC: Une cinquantaine. On a également un espace de co-working où vous avez à peu près une dizaine de personnes qui viennent régulièrement, plus des personnes qui viennent de manière occasionnelle. On a également un bureau partagé où là, vous allez avoir une entreprise qui va venir un jour par semaine. Tous les lundis, une autre, tous les mardis, une autre, tous les mercredis. L’idée, c’est de pouvoir répondre à tous les besoins des entrepreneurs.

Vous avez aussi la possibilité de louer un bureau de manière occasionnelle. On a des salles de réunion qu’on loue à la journée, la demi-journée. Une cinquantaine d’entreprises, une dizaine de co-working et puis des locations de salles régulières, des gens qui reviennent régulièrement. Ça représente à peu près 150 emplois sur le territoire avec des plus grosses entreprises, des plus petites. On a deux entreprises qui vont représenter une cinquantaine de salariés parce que ce sont des grosses entreprises bien installées et innovantes. Après, vous allez avoir plein de petites entreprises, des TPE.

OLP: Vous fournissez aussi du matériel ou pas ?

MC: Alors les bureaux sont fournis. C’est-à-dire la personne va avoir accès à une pièce où dedans, elle va avoir son bureau, sa chaise, sa petite armoire.

OLP: Quand vous étiez venu, on avait visité des salles de tournage aussi, par exemple. Ça, c’est eux qui louent ou c’est vous qui les fournissez ?

Plateau/ studio de tournage
Campus George Méliès, Bastide Rouge

MC: On fournit. Après, ils peuvent venir avec, mais on fournit aussi. Là, c’est encore autre chose. Sur Cannes BastideRouge, vraiment sur la partie ICC en effet, vous avez également les studios de tournage, de production, post-production, auditorium, la projection, les loges, tout ce qui va permettre à une entreprise de pouvoir venir tourner et finir sa réalisation.

EM: Cette cinquantaine d’entreprises, ça représente à peu près combien en chiffre d’affaires ?

MC: C’est compliqué. Je ne peux vous dire ça. Je ne serais pas capable. Déjà, ce n’est pas forcément une information qu’on obtient. On essaie de la demander, mais des fois, ça peut être très fluctuant. La plupart des entreprises, ce sont des startups qui sont innovantes, qui facturent très peu. On est vraiment en phase de lancement, d’amorçage. C’est difficile à dire. On en a quelques-unes qui sont grosses où on voit passer des informations. Ils signent des clients, mais derrière, on ne sait pas trop ce que ça représente. C’est un secteur qui fluctue énormément. Oui, après, le but d’une pépinière, ce n’est pas d’avoir des startups établies qui réalisent un chiffre d’affaires chaque année. On est vraiment sur des entreprises qui sont vraiment en fort développement.

C’est-à-dire qu’ils peuvent dire cette année, j’ai fait 100 000 euros de chiffre d’affaires, mais l’objectif l’an prochain, c’est 500 000 et dans deux ans, c’est un million. Ça, c’est ce qu’ils annoncent. Après, la réalité, par expérience ça prend plus de temps que prévu. Un client qui s’est engagé et finalement le marché n’est pas allé au bout. Ca fait partie aussi de la vie des entreprises. On est sur des activités qui sont risquées. Entreprendre aujourd’hui c’est difficile. Sur des start-up, le risque est important. Sur des start-up innovantes, sur les secteurs dans lesquels on est, des fois ça se joue à un, deux clients, une levée de fonds qui se réalise dans de bonnes conditions. Finalement l’investisseur hésite, il n’y va pas. Derrière l’activité économique, elle ne se développe pas. Il y a quand même une grosse prise de risque. Les personnes qui sont ici, il faut reconnaître qu’ils sont très courageux. Pour le moment, le projet en soi n’est pas rentable. Il est encore dans cette phase de développement.

OLP: On a dit que c’était un projet public pour améliorer l’économie.

MC: Mais pour le moment on est encore à cette phase. Sur le fonctionnement de la pépinière, on est bien.On a pratiquement rempli, il nous reste trois bureaux sur les 50. Et on a un comité de sélection qui sera en décembre. Il y a peut-être la possibilité qu’on soit complet à lafin de l’année

Donc en termes de location vraiment pépinière bureau, il y a une très forte demande. Là-dessus oui on est bien. Après sur la partie location, salle de réunion, événementiel, studio de production, là oui il y a encore une marge de progression.

OLP: Du coup par rapport aux étudiants, quel conseil vous leur donneriez aujourd’hui pour oser se lancer ?

MC: Déjà d’aller au bout de leur parcours de formation. Ne pas abandonner s’il reste encore six mois ou unan. Mais d’aller au bout, la formation, le diplôme c’est important. 

On ne sait pas de quoi l’avenir sera fait.Moi j’ai créé mon activité, puis après j’ai été salarié. Le diplôme, je n’en avais pas forcément besoin pour créer ma boîte. Mais après pour travailler oui ça m’a été utile. Donc au moins aller au bout des études, pousser le plus loin possible. J’ai fait un BTS, pas un IUT, mais un BTS.

Et ensuite j’ai fait une école de commerce. Voilà. Vu que vous avez des parcours, ce qu’on appelle passerelles, ou après continuer l’université avec des masters. Tant que l’envie est là et que vous êtes encore capables d’apprendre, motivés pour apprendre,allez au bout. Et ensuite l’entrepreneuriat, aujourd’hui il n’y a pas de profil type. Vraiment la différence ça va être l’envie. Pour ceux qui réussissent, c’est ceux qui ont envie.

D’une manière ou d’une autre, ils vont réussir leur projet. Ils ne savent pas comment, mais ils savent qu’ils vont y arriver et ils vont mettre toute leur énergie dedans. Ça c’est le premier critère. Ensuite, se faire accompagner. À partir du moment où on a peut-être envie d’essayer, soit avec le dispositif pépite, soit si on est sorti, qu’on a fini ses études, d’aller rencontrer les différents partenaires de la création d’entreprise en disant là, j’ai peut-être une idée, j’ai envie, mais comment je peux faire ? Ne pas hésiter à quand même aller sur le marché de l’emploi.

L’expérience professionnelle, c’est très bien, même pour la création d’entreprise. Avoir son réseau, avoir ses premières expériences, des contacts, se dire tiens, j’ai vu comment ça fonctionnait dans telle activité, peut-être que je pourrais faire quelque chose à mon compte. Mais déjà, je connais le marché, les clients, ce n’est pas du temps perdu. Donc voilà, ne pas griller les étapes, bien se renseigner et après voilà, on va dire que l’avantage quand on est jeune, c’est qu’on ne se pose moins de questions, on pense que tout est possible et ça c’est une qualité

Photographie, couloir deuxième étage, Campus George Méliès, Bastide Rouge, Tournage Interwaic, M. Colombani, Océane Le Provost

OLP: Je ne sais pas, parce que comment on fait pour rassurer des jeunes comme nous qui n’avons pas trop d’expérience et en même temps, comment on dit, oui tu es capable de lancer ton entreprise, mais aussi de suivre tes études, de faire les devoirs, c’est beaucoup de pression en soi.

MC: Faire les deux en même temps, c’est compliqué. Honnêtement, là les étudiants qui sont en Pépite, ils suivent leur parcours de formation, ils travaillent sur le projet, mais ils n’ont pas encore lancé le projet. C’estrare que je rencontre des étudiants qui me disent, je suis immatriculé, je fais du chiffre d’affaires et en plus je fais des études. C’est rare. Vraiment Pépite, l’idée c’est, je prépare mon projet, quand j’ai fini mon parcours, je vais immatriculer. Mais les deux en même temps… Pendant les études, le but c’est de lancer l’idée.

OLP: Comme quand on écrit un livre, on fera le manuscrit en fait.

MC: Exactement. Que le jour où vous finissez les études, tout soit prêt, ok, allez, j’ai des clients, je m’immatricule, je ne perds pas de temps. Mais avant, compliqué. On a fait du repérage. Exactement. Vous avez fait l’étude de marché, vous avez déjà défini le coût global du projet, le financement, tout est déjà défini. Vous finissez, vous avez votre diplôme, allez hop, j’y vais, je ne perds pas de temps. Je me lance à ce moment-là. Exactement. Après non, franchement, vous êtes en plus une génération aujourd’hui où vousn’hésitez pas à vous lancer, quitte à se dire, je fais ça pendant un an ou deux et puis j’aurai toujours le temps derrière de faire autre chose. Donc, les étudiants aujourd’hui qui se lancent, ils ont confiance en eux,ils y vont, je ne dis pas

que c’est facile. Généralement, voilà. Il n’y a pas de souci. Il faut plutôt tempérer en disant, est-ce que vousêtes sûr, est-ce que vous avez bien vérifié que le projet était viable ? Est-ce que vous êtes sûr de pouvoir vous rémunérer d’ici quelques mois ?

OLP: Oui, les mentalités ont changé depuis les années 80 à peu près, où on disait qu’il faut absolument avoir fait des longues études pour travailler.

MC: De manière générale, aujourd’hui l‘entrepreneuriat touche tout public. J’ai accompagné des personnes jeunes, des personnes beaucoup moins jeunes. Hier, par exemple, parmi les personnes que j’accompagne, j’ai tout type de public. Là, par exemple, j’ai le CLIS, la mission locale, qui aide des personnes qui sont en recherche d’emploi dans différentes situations personnelles. Et là, c’était par exemple un dispositif qui s’appelle Senior Réussite. Donc clairement des personnes qui étaient inscrites à France Travail, qui avaient plus de 50 ans, voire encore un petit peu plus, mais qui voulaient finir leur parcours professionnel sur une création d’entreprise. 

Toute leur vie, ils ont été salariés et ils se disent, il me reste encore quelques années à faire, j’ai envie de créer ma propre entreprise. Donc voilà, ça peut être des gens diplômés, pas diplômés, jeunes, moins jeunes. Aujourd’hui, des hommes, des femmes, il n’y a pas de critères. C’est vraiment tout type de profil. Donc à partir du moment où on a envie, une idée qu’on se prépare, on peut y arriver.

OCEANE LE PROVOST/ EDOUARD MASSE: Merci Monsieur Colombani.

MARC COLOMBANI: Merci à vous. Pour contacter M. Colombani:

Mail: marc.colombani@cannespaysdelerins.fr

Téléphone: 04 89 82 28 02 / 06 46 90 49 52

Site: Cannes Bastide Rouge

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