Journaliste et rédacteur en chef à Cannes Radio depuis le début des années 1990, Philippe Muller incarne une certaine idée du journalisme local : engagé, humain et profondément ancré dans son territoire. À travers l’information départementale et régionale, il raconte chaque jour la vie culturelle, sportive, économique et sociale locales, départementales et régionales afin d’informer les auditeurs, micro en main et passion intacte.
Une vocation née par hasard
Rien ne prédestinait pourtant Philippe Muller au journalisme. À l’origine, il se voyait professeur d’anglais. C’est presque par accident qu’il découvre une annonce pour une école de journalisme à Nice. Il tente le concours, le réussit et se lance. Rapidement, il quitte la formation après seulement un an pour intégrer la presse écrite, avant de bifurquer vers la radio.
Malgré une grande timidité, certains de ses professeurs décèlent chez lui un véritable potentiel radiophonique. Une intuition qui se révélera juste.
Cannes Radio : une rencontre fortuite devenue une carrière
L’arrivée de Philippe Muller à Cannes Radio relève presque de l’anecdote. Après l’échec de son magazine événementiel, il cherche du travail sur la Croisette et se trompe d’étage dans un immeuble. Au lieu du deuxième, il monte au premier, on lui indique qu’il doit aller au deuxième où se trouve Cannes Radio.
L’accueil est d’abord mitigé : on lui conseille de revenir plus tard. Il insiste pour effectuer un stage, même non rémunéré. Une rédactrice, témoin de la scène, lui propose de commencer dès le lendemain. Il travaillera cinq mois sans salaire, d’août à décembre, avant d’être embauché officiellement le 1er janvier 1991.
Licenciement, solidarité et résistance
En 2004, un tournant brutal survient. Pour des raisons économiques liées à une mauvaise gestion, toute la rédaction est licenciée. Face à la tentative de la direction de diviser l’équipe, les journalistes font bloc. Cette solidarité culmine avec une action symbolique : la diffusion en boucle pendant plusieurs heures de la chanson Merci patron.
Une carrière riche et diversifiée
Après ce licenciement, Philippe Muller devient correspondant pour l’AFP et collabore avec des radios nationales comme Sud Radio, une expérience qu’il qualifie de « Graal ». Il passe ensuite deux ans chez Kiss FM avant de rejoindre la mairie du Cannet en tant qu’attaché de presse.
Mais cette incursion dans la communication politique se termine mal : les contraintes, la validation permanente et le poids du politique sont incompatibles avec sa vision du métier. En 2010-2011, malgré une opportunité à Paris chez Bolloré/CNews, il choisit finalement de revenir à Cannes Radio, fidèle à son territoire et à son média de cœur.

Cannes Radio aujourd’hui : entre engagement et limites
Aujourd’hui, Philippe Muller est le seul journaliste salarié de Cannes Radio. Il travaille avec des pigistes, des stagiaires et des alternants, accueillant chaque année cinq à six stagiaires maximum. À l’approche de la retraite, il s’interroge sur ses dernières années professionnelles : développer davantage le contenu, multiplier les émissions et les directs extérieurs, malgré des contraintes budgétaires bien réelles.
Transmettre la radio aux nouvelles générations
Depuis une dizaine d’années, Philippe Muller enseigne également la radio à l’université auprès d’étudiants en communication. Son approche est résolument pratique : peu de théorie, beaucoup d’exercices concrets. Il demande notamment aux étudiants de concevoir une heure complète de radio, afin de développer leur aisance orale, leur capacité de synthèse et le travail en équipe.
Pour lui, la radio est un formidable outil pédagogique.
Un métier transformé par la technologie
Philippe Muller a vu le métier évoluer radicalement. Fini les fax, les dépêches AFP papier et les heures passées au téléphone fixe. Aujourd’hui, l’information arrive via mails, WhatsApp, Messenger et fils AFP numériques. Il est en lien direct avec les pompiers et la police pour les informations urgentes, preuve de l’adaptation permanente du journalisme aux nouveaux outils.
Les clés pour réussir en radio
Selon Philippe Muller, réussir dans la radio demande bien plus qu’une belle voix. Curiosité, rigueur, méthode, culture générale, qualités rédactionnelles et orales sont indispensables. Il insiste aussi sur l’importance du contact humain, de l’écoute et de la capacité à mettre les interlocuteurs à l’aise. Enfin, la radio exige une grande flexibilité : ce métier n’est clairement pas fait pour les amateurs d’horaires fixes.
